Un exercice démocratique pour réinventer Bruxelles (Le Soir)

Des centaines de Belges ont donné leurs idées pour la capitale dans le cadre d’une expérience de participation citoyenne. Une initiative menée en Flandre et en Fédération Wallonie-Bruxelles sous l’impulsion des gouvernements. Reportage lors d’un mini-cabinet aux Halles de Schaerbeek.

J’ai profité de l’occasion pour dire ce que j’avais à direJ’espère qu’il sera entendu et que cela pourra se faire ». Annabelle, étudiante, trouve «l’idée géniale » et regrette que cela ne se fasse pas davantage… Ces trois femmes semblent convaincues par l’exercice auxquelleselles viennent de se prêter : le « mini-cabinet citoyen », déclinaison locale d’un projet plus large porté par le ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rachid Madrane (PS).

Le « cabinet citoyen » a été lancé le 17 février dernier. Avec le ministre flamand en charge de Bruxelles, Sven Gatz (VLD), Rachid
Madrane s’était installé en face de la gare centrale pour discuter de la capitale avec des gens. Car c’est là toute l’ambition de cette démarche participative : « Mieux cerner ce que les habitants du pays pensent de leur capitale. »

Ce jour-là, c’est aux Halles de Schaerbeek que le débat a lieu, dans le cadre d’une semaine thématique sur la démocratie. Autour de
la table, il y a une dizaine de personnes : des membres du personnel des Halles, du secteur associatif et des étudiants. Une fois n’estpas coutume, c’est le ministre lui-même qui préside l’assemblée. Il cadre : « C’est un projet participatif novateur qui vise à recueillir lesidées des gens. Par exemple, lors du cabinet de Sven Gatz est né le projet d’insérer un sujet culturel dans chaque journal télévisé. »

Des idées dans tous les sens

Les mini-cabinets citoyens fonctionnent sur base volontaire. Cette année, une douzaine d’associations ont joué le jeu : des groupes
d’expatriés, des aides en milieu ouvert (AMO) de Bruxelles et de Namur, des clubs sportifs, des CPAS… Les intéressés reçoivent un
« script » et des conseils pour organiser leur rencontre. Ils ont le choix entre plusieurs sujets : Bruxelles, ville étudiante, de culture, dediversité, de sport, de fête…

Le thème du jour : l’Europe. Mais comme il y a beaucoup de personnes issues du monde culturel autour de la table, les discussions
dévient vite sur autre chose… « Je trouve que c’est dommage que le magazine Cirq en capitale ne soit pas traduit en anglais alors que
c’est une belle vitrine » , luge une participante. Une autre lance un débat sur l’harmonisation de l’information culturelle. Chacun évoque un peu ce qui le touche, cela part un peu dans tous les sens.

Rachid Madrane essaie de recadrer le débat sur l’Europe. « Je trouve qu’il y a un énorme travail à faire pour que ce monde fermé
s’ouvre davantage à la ville, commente une jeune femme. Tout ce qu’ils connaissent de la culture, c’est la Monnaie et les Beaux-arts… Je me demande si on ne pourrait pas provoquer quelque chose pour leur montrer qu’il existe autre chose que cette culture privilégiée.
» D’autres regrettent l’organisation en quartiers distincts et peu connectés les uns aux autres. Zaineb conclut : « En fait, il faut allerchercher les gens par la main pour qu’ils se rencontrent. »

Un paneliste revient avec un sujet culturel, et propose de créer un centre culturel centré sur la communauté subsaharienne, une
institution qui fait cruellement défaut à ses yeux. Et le mini-cabinet citoyen se conclut sur une dernière proposition concrète : celle de continuer de travailler sur l’image de la ville. Toutes les idées seront triées par le cabinet ministériel et débattues lors d’une grande réunion le 20 mai.

ANN-CHARLOTTE BERSIPONT